Une renarde dans votre whisky ? [PV LUNA]

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Date d'inscription : 20/10/2017
Jeu 14 Déc - 9:23
La glace n’a rien d’accueillant, c’est un fait que la plupart des gens reconnaissent, même ceux ayant vécu à l’abri qu’elle peut conférer. Paysages mornes, en tontes de blanc et de bleu pâle, atones, morts, les glaces, où qu’elles se trouvent, ne laissent voir qu’une superbe désolation, comme un pays vitrifié. Ces régions de la surface sont en général désertées de toute vie amicale, seules les créatures les moins sympathiques s’y risquent, pour le plaisir sain et éminemment chaleureux de s’étriper entre elles dès qu’elles se reniflent les unes les autres à plus de cinquante kilomètres.
Je déteste ces régions.

Et pourtant, je dois bien admettre qu’elles possèdent un certain charme, une forme d’attraction que d’autres qualifieraient de morbide, mais que je nommerai affranchissement. Ce sont des pays riches en pauvreté, pauvreté de tout ce qui peut plaire aux dérangements que la vie connait ailleurs. La chaleur y est chiche, quand elle ne s’en trouve pas simplement absente pour des causes aussi variées que désagréables à expérimenter. La terre, si elle parvient à affleurer, est généralement nue, craquelée par les vagues de froid intenses et incessantes, gelée jusqu’à plusieurs mètres de profondeur parfois, rien ne peut y pousser sans prendre un siècle pour finir en arbuste cacochyme, torturé et coriace. Dans la pâleur de ses étendues se ressent le spectre de la maladie, c’est une peau mourante à la surface du monde, elle rappelle ces cadavres froids après une nuit, les muscles durs, l’épiderme décoloré. Cependant, des nuances délicates courent dans le grésil et la neige épaisse qui couvrent la glace. Des veines de bleu intense, cristallin, pâle, profond. Il se décline dans un millier de tontes que le gel polarise et fait chatoyer, sol magique, presque vivant par la chape de mort qu’il étend sur tout son empire. Les pics de roches cuirassés d’un givre épais, les crêtes de glace déchirées balayées par les vents abrasifs, les grandes plaines crevassées où s’ouvrent des gouffres sur le temps. Tout cela constitue pour moi un paysage de songe, et ça m’attire.

C’est pour cette raison que je me trouvais à râler, pattes dans une épaisse couche de neige, en avançant péniblement sur le glacier dont j’avais entreprit l’ascension. Quelques jours au par avant des bandes de bandits s’étaient révélées dans les plaines proches. Par un miracle du climat j’avais dégotté un marais à traverser, le genre d’endroit que tout le monde ne lorgne pas avec entrain, quand bien même une voyageuse alléchante s’y embourbe. La traversée terminée, laborieusement, je dus alors affronter un choix. Une forêt toute en pins et bouleaux pubescents, ou bien, plus rude encore, le climat agressif d’une région entièrement gelée. La crainte des bandes en maraude tout comme l’attraction des glaces sur ma personne décidèrent pour moi. Je m’enfonçais donc sur la langue blanche d’un glacier titanesque, cherchant en points de repères des roches saillantes ou des formations glaciaires atypiques. Tout ici est fait pour se perdre dans l’enchaînement interminable des mêmes pitons, de crevasses semblables, et de plaines mornes bosselées de quelques collines gelées.
Minuscule sur le dos de ce vaste monstre dormant je piétine et m’acharne, pestant à l’encontre de l’épaisse couche de neige montant jusqu’à mes genoux. Par chance ma fourrure offre une protection supplémentaire contre le froid, ma pauvre robe ne m’étant que d’une utilité toute spirituelle. Le soleil est haut dans le ciel mais il a commencé à descendre, dans quelques heures le soir sera là, puis la nuit, et avec elle le peu de chaleur rayonnant du ciel et des reflets de la glace disparaîtra. Je me dois de trouver un abri ou de m’en fabriquer un avant de mourir, énième glaçon parmi la multitude.

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